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Chaque semaine, Paul-André Tavoillot, expert du message et du récit, passe au crash test la conférence de presse d'un grand acteur de l'économie.

 

L'exercice de la conférence de presse est un art exigeant. Tous les détails comptent : le timing, le casting, la mise en scène, la forme et le fond du propos tenu, le jeu subtil des questions réponses avec les journalistes...La fête peut très vite tourner au « carnage ». Avec pour sanction ultime, une absence totale de « reprise » dans la presse. Dans cet art consommé de la communication, la présentation d'études est probablement la discipline la plus périlleuse et les écueils peuvent être nombreux. Par exemple, s'étendre sur la méthodologie de l'étude, qui coupe l'appétit des journalistes qui attendent avant tout les résultats. Disons-le d'emblée, le porte-parole de l'Atelier BNP Paribas, qui présentait le 16 juin son étude sur « Les tendances de la FoodTech », s'en est sorti avec les honneurs et a réussi haut la main les 5 épreuves de notre crash test.

 

Le casting

Le sujet pouvait paraître indigeste – les tendances technologiques de l'industrie agroalimentaire- et les fautes (de goût) guettaient à chaque respiration : anglicismes, acronymes, termes techniques connus des seuls initiés...Mais, heureuse surprise, Matthieu Soulé censé tomber dans toutes les chausse-trappes avec son titre de Senior strategic analyst, a assuré une prestation trois étoiles (Michelin) : respiration maîtrisée, pédagogie, esprit de synthèse en s'adressant aux journalistes sans lire ses slides.

 

La démonstration

1. La structure de l'intervention : Malgré un petit coup de pub rapide pour l'atelier BNP Paribas en mise en bouche, pas de discours autocentré à la gloire de la banque. Les attentes des consommateurs américains sont le point de départ objectif de la présentation : publiées au pays de l'obésité, plusieurs études ont été citées prouvant les attentes des consommateurs pour plus de transparence (85% d'entre eux), le respect de l'environnement (70%), ou l'inquiétude croissante sur la présence de produits chimiques dans les aliments.
Le menu proposé ensuite est alléchant mais surtout efficace : du producteur au consommateur, on suit toute la chaîne.

 

2. Les preuves : Des faits rien que des faits, la matière première qui facilitera le travail des journalistes et préservera l'intérêt des lecteurs. Du concret, donc, sans concept fumeux. Pas davantage de catalogue de startups mais une mise en perspective autour de quatre catégories : en entrée, new food (les insectes, les protéines végétales remplaçant la viande, les œufs ou le fromage), les procédés et la production (plus de traçabilité pour favoriser la sécurité alimentaire, les intoxications touchant une personne sur six aux Etats-Unis). En plat de résistance, les circuits de distribution pour proposer notamment des produits bio du champ à l'assiette et de la livraison à domicile. Enfin, en guise de dessert, les solutions pour les consommateurs (par exemple un outil portable Nimen pour analyser le gluten dans les aliments).

 

3. La proximité : L'alimentation est le sujet qui concerne tout le monde tous les jours. Matthieu Soulé n'en fait pas trop en laissant le plus étonnant pour la fin (ou la faim ?), avec Bitty ou Aspire, les fermes d'insectes, qui piquent l'attention. L'humour est aussi le bienvenu avec quelques perles comme ce producteur de burger végétal, dont le nom est évocateur : Impossible Food. Un menu proposé à la carte incitant à goûter de tout. Mais attention, manier l'humour demande du doigté et de l'onctuosité.

 

4. Les Questions Réponses : Face à une question incisive sur la malbouffe industrielle aux USA et un marché de masse que n'adressent pas forcément les startups présentées, l'orateur reste factuel : la nécessité de baisser les coûts de production et d'éduquer sérieusement les enfants américains et leurs parents sur les bienfaits des protéines alternatives si l'on veut qu'ils mangent des criquets comme en Chine.

 

Verdict : des journalistes manifestement intéressés, des articles dans la presse spécialisée, économique. Il est vrai que le sujet est d'actualité : Amazon a annoncé le lendemain de la conférence qu'il rachetait les supermarchés bio américains WholeFoods.

 

par Paul-André Tavoillot