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« Un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité. » Cette phrase célébrissime, Neil Armstrong, premier terrien à fouler le sol lunaire un soir de juillet 1969, n'aurait certainement pas pu la prononcer si, 8 ans auparavant un autre homme, très célèbre lui aussi, n'avait prononcé un discours très convaincant. Cet homme, c'est John Fitzgerald Kennedy, président des Etats-Unis d'Amérique, qui a pris la parole devant le congrès américain le 25 mai 1961 pour demander, entre autres, des moyens plus que conséquents, pour la conquête spatiale. Un discours dont on mesure aujourd'hui encore le succès. Décryptage.

 

Montrer la voie dès le décollage

Premier étage de la fusée du discours présidentiel, une capacité à aller droit au but, sans détour, pour exposer clairement ses ambitions « Now it is time to take longer strides--time for a great new American enterprise--time for this nation to take a clearly leading role in space achievement, which in many ways may hold the key to our future on earth – il est temps désormais d'accélérer la cadence, il est temps pour une nouvelle grande aventure américaine, temps pour cette nation de jouer un rôle de leader dans la conquête de l'espace, qui peut être, de bien des façons, la clé de notre avenir sur Terre. »

Construire une prise de parole à trois étages.

Deuxième étage de la fusée : une structure de discours claire, en trois parties bien distinctes : d'abord il explique pourquoi il est important pour l'Amérique d'assumer ce leadership dans la conquête spatiale ; « si nous voulons gagner la bataille en cours à travers le Monde entre la liberté et la tyrannie… ». Il poursuit, ensuite, sur le rôle précis que doivent jouer les USA ; « Je crois que cette nation devrait s'engager pour envoyer, avant la fin de cette décennie, un homme sur la lune et le ramener sain et sauf sur Terre… ». Enfin, il termine sur les moyens que doivent se donner les Américains pour y parvenir, à savoir des moyens financiers importants (que JFK évalue entre 7 et 9 milliards de dollars par an, à comparer à un budget fédéral à l'époque s'élevant à 570 milliards environ) et une implication pleine et entière de tous, une condition sine qua non soulignée par une anaphore : « unless every scientist, every engineer, every serviceman, every technician, contractor, and civil servant gives his personal pledge that this nation will move forward – à moins que chaque scientifique, chaque ingénieur, chaque militaire, chaque technicien, sous-traitant, fonctionnaire ne s'engage personnellement à faire en sorte que cette nation aille de l'avant. » Un discours construit comme une démonstration implacable. Et tout y est pour que chaque sénateur, chaque représentant, et, à travers eux, chaque citoyen américain, se sentent concernés, impliqués et, au final, adhèrent à ce projet qui pouvait sembler fou en ce printemps 1961.

Dramatiser pour mettre sur orbite

Parmi les principaux ingrédients de cette recette de conviction, on peut relever la dramatisation, avec des mots et des images très fortes : le combat entre la liberté et la tyrannie par exemple. Et JFK d'en rajouter une couche supplémentaire en soulignant l'avance des Soviétiques dans le domaine spatial, ce qui relevait d'un courage politique certain à l'époque, et que, si rien n'était fait maintenant, la partie était irrémédiablement perdue ; « nous pouvons vous garantir que tout manquement à cet effort nous mettra en queue de peloton). » Autre ingrédient très important : un vocabulaire simple, accessible à tout le monde, agrémenté de mots forts et mobilisateurs qui résonnent positivement aux oreilles des Américains. Kennedy expose clairement les problèmes à résoudre sans utiliser de termes jargon. Il parle moteurs, satellite, météo, combustion nucléaire, des termes faciles à comprendre et familiers à une époque où l'une des grandes attractions à Las Vegas est d'admirer les explosions nucléaires dues aux expérimentations militaires dans le désert environnant. Et le président n'oublie pas de faire rêver ses concitoyens avec des termes relevant de la dimension épique comme grande aventure américaine, liberté… et en invoquant un déjà héros de cette conquête spatiale, Alan Shepard, premier américain dans l'espace. Dernier ingrédient qui mérite d'être souligné, le sens du concret de JFK qui non seulement fait rêver, mais démontre que ce rêve est accessible : il détaille le montant des investissements nécessaires et les progrès technologiques à réaliser, il fixe un calendrier et en profite pour pointer du doigt les dysfonctionnements de l'administration qu'il n'est plus possible de se permettre (« arrêt maladie injustifiés, inflation des coûts, gaspillages, rivalités inter-agences, turnover élevé »). Et, parce que Kennedy, en tribun averti, sait que le fond et la forme sont inextricablement liés pour mieux convaincre, il prend le temps de respirer pour que sa diction soit bonne, que sa voix porte et pour donner du rythme à son discours, comme on l'entend sur l'enregistrement ci-dessous. Bien que ses phrases soient longues, on ne perd pas le fil. Le public est en orbite, le projet voté… et on connaît la suite.

 

par Christophe Quester