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Il y a tout juste 54 ans, J-F Kennedy prononçait son fameux discours «Ich bin ein Berliner ». Un discours vif d'émotion et d'espoir, au cours duquel il s'adresse aux Berlinois, comme un des leurs, jouant à fond sur la corde de la proximité, en pleine guerre froide, tout en affichant une décontraction déconcertante….

 

Le type est terriblement séduisant. Décontracté, les cheveux ébouriffés par le vent qui souffle ce jour-là, le 26 juin 1963, sur Berlin Ouest. Il est aussi terriblement jeune et incarne à merveille l'avenir, face au vieux chancelier Adenauer âgé de 87 ans. Le premier message c'est évidemment lui ! Le très moderne président des Etats-Unis, cool, presque trop, qui sourit, touché par les acclamations d'une foule de 500 000 personnes, rassemblées devant l'Hôtel de Ville de Berlin Ouest, qui, pendant de longues secondes scande son patronyme : Kennedy ! Une sorte de messie de la liberté, au cœur d'une ville blessée qui, depuis 2 ans, vit à l'ombre du mur de la honte. Le président playboy qui semble ici chez lui, incarne parfaitement cette liberté décomplexée, une liberté qu'il n'aura de cesse de répéter, comme une incantation. Le vent qui souffle sur Berlin, c'est celui-là, porté par un messie décontracté.

« Ich bin ein Berliner » comme message clef

En 9 minutes à peine, le brillant Kennedy se veut porteur d'espoir. Il débute son discours avec ces mots : « Je suis fier d'être ici aujourd'hui ». Fier, ce mot sera répété plusieurs fois, car il s'agit là de son premier message. Kennedy poursuit ensuite avec une citation. A la manière de Martin Luther King («Four score years ago a great American […].»), il se réfère lui aussi à l'Histoire: « Il y a 2000 ans, la plus forte expression de fierté était: « Civis Romanum sum », je suis citoyen romain! Aujourd'hui dans le monde libre cette expression est : « Je suis un Berlinois » ! ». Ca y est ! Dès le début de son speech, JFK lance sa phrase clef, celle qu'il a demandé quelques minutes auparavant à son traducteur de lui transcrire phonétiquement en allemand pour qu'il puisse la prononcer dans cette langue qu'il ne parle pas : « Ish been ine bear-leaner », Ces 4 mots incarnent la quintessence de son discours : Je suis fier d'être Berlinois avec vous. L'équivalent, un cran au-dessus, du « Je vous ai compris » du Général de Gaulle à Alger quelques années plus tôt. JFK se place ici du côté des Berlinois menacés par le « monde communiste », comme une île perdue au milieu d'un océan totalitaire. Mieux que simplement avec eux, il est fier d'être Berlinois, comme jadis les esclaves romains revendiquaient leur citoyenneté romaine. Les Berlinois sont des esclaves de cette guerre froide, mais en s'identifiant à eux, le président de la 1ère puissance mondiale leur rend toute leur fierté.

Premier message d'appui : qu'ils viennent à Berlin !

A partir de là, JFK va dévider sa pelote… Celle de la vérité du terrain, de la proximité absolue avec ceux qui souffrent, comme rempart à toute tentation de faiblesse envers le monde communiste. « Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas ou font mine de ne pas comprendre quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. A ceux là je réponds : Qu'ils viennent à Berlin ! ». « Let them come to Berlin ! », lâche le jeune président en tapant du poing sur son pupitre et en se tournant à droite et à gauche pour regarder les gens qui l'entourent. Il prend même le temps d'attendre la vague d'acclamation qui monte de la foule. JFK, est décidément très calme, très à l'aise, c'est lui la vedette, il prend tout son temps. Un homme libre, sans contrainte, qui s'exprime selon son propre tempo. Impressionnant ! Comme un pied de nez au régime communiste qui l'observe à quelques mètres de là.

Deuxième message d'appui : la démocratie n'a pas besoin de murs

Deuxième étape de sa démonstration : bien sûr la démocratie a aussi ses petits problèmes, « Mais nous n'avons jamais eu besoin de construire un mur pour empêcher les gens de s'enfuir ! », une formule culottée qui a le mérite d'éviter de fastidieuses démonstrations. JFK en américain efficace s'exprime en allant « straight to the point » ! Et le président de s'attaquer au mur lui-même, auprès duquel il a tenu à s'arrêter à deux reprises lors de sa visite : « La démonstration la plus flagrante de l'échec du communisme. Une atteinte non seulement à l'histoire mais surtout à l'humanité, à toutes ces familles, ces maris et ces femmes, ces frères et sœurs séparés ». Encore de la proximité, le mur non comme erreur politique mais comme atrocité humaine. Et JFK d'élargir son propos à l'Allemagne toute entière. Une phrase pivot qui lui permet d'enchaîner avec son troisième message d'appui.

Troisième message : La liberté viendra un jour

« Pas de paix durable en Europe sans liberté pour tous les Allemands ». Tel est le troisième message de JFK. Dans cette dernière partie, c'est le mot « Liberté » qui devient omniprésent, presque dans chacune de ses phrases ; « Freedom », « free man », « free to choose », « the free world », etc. C'est bien en « mister Freedom » que JFK conçoit sa présence à Berlin. Et il s'adresse alors au public : « Vous vivez sur une île de liberté, mais votre vie fait partie d'un tout [… ]Au-delà du mur, pour tous les êtres humains. » C'est la liberté universelle qu'appelle JFK… Une sorte de déclaration de guerre contre le bloc rouge, qui surprend alors les observateurs. Et le président de s'emballer, comme le fera deux mois plus tard Martin Luther King, qui invitera les cloches de la liberté à sonner dans tout le pays, « Let freedom ring ! »… Décidément c'est le mot à la mode en 1963 !! « La liberté est indivisible » déclare JFK, et « quand tous les hommes seront libres, quand ce jour viendra, et ce jour viendra, les habitants de Berlin Ouest pourront avoir la satisfaction d'avoir été en premières lignes […] ».

Homme libre toujours tu chériras Berlin…

JFK se fait prophète et déclenche de nouveau les applaudissements. « Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont des citoyens de Berlin. » L'émotion grimpe, la foule ne tient plus ! Et JFK de prendre son temps, pour lancer sa dernière phrase, après l'accélération, le calme. Il module parfaitement le rythme de son discours, en fonction des réactions de son auditoire. « Et pour cette raison, en tant qu'homme libre, je suis fier de prononcer ces mots : Ich bin ein Berliner ! ». Fierté, liberté, Berlinois. Cette fois, le public n'en peut plus ! Et JFK de replier son discours et de le glisser dans sa poche, content de lui sans doute, souriant, cherchant du regard l'assentiment de ses hôtes et saluant la foule comme on fait coucou à ses amis. 50 ans plus tard, un autre président américain, tout aussi décontracté, tombera même la veste, devant cette même foule berlinoise, « parce qu'on est ici entre amis »... Décidément, ces Américains, ils sont trop forts !

Nos conseils pour parler comme JFK

  • Adopter un rythme qui vous convient
  • Structurez votre discours autour d'une idée forte
  • Choisissez une journée venteuse et optez pour des cheveux mi-longs, effet freedom garanti

 

par Valérie Sarre