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Le 13 mai 1940, Winston Churchill prononce devant la Chambre des communes, son grand discours. Celui d'un génie de la formule foudroyante qui appelle son pays à se mobiliser contre « la tyrannie nazie », grâce à une rhétorique redoutable qui transforme les mots en boulets de canon !

 

Mobiliser la Grande-Bretagne contre la « peste nazie »

A 65 ans, Winston Churchill a été rappelé trois jours plus tôt au poste de Premier ministre par le roi George VI, tandis que les Panzers allemands envahissaient la Belgique et la France. Ce n'est pas pour rien qu'il reçut, en 1953, le prix Nobel de littérature pour « sa brillante éloquence dans la défense de valeurs humaines exaltées ». Le vieux lion savait en effet tremper sa plume dans l'encre de la formule qui tue. Un art dévastateur dont il usa ce jour là pour convaincre les députés puis le peuple britannique – il enregistrera deux jours plus tard ce même discours pour la BBC- du bien fondé de son action contre « la peste nazie ». Construit comme une machine de guerre, son discours éclair, tient pourtant sur deux pages !

Un discours éclair en deux temps

Premier temps : Winston rend des comptes, lui qui a été choisi presque par défaut. Il s'exprime à la première personne pour signifier que le vieux guerrier est de retour et rappelle sa légitimité : « J'ai reçu de sa Majesté la mission de former un nouveau gouvernement […]. J'ai déjà accompli la partie la plus importante de cette tâche ». En deux paragraphes, il présente son gouvernement. Nous sommes dans le registre factuel. L'heure n'est pas aux fioritures. Puis, il s'adresse aux députés : « J'invite maintenant la chambre à accorder sa confiance à ce nouveau gouvernement par une résolution. » C'est une sorte de chèque en blanc qu'il attend pour « Mener la guerre contre l'Allemagne afin d'obtenir une issue victorieuse ». Nous sommes dans le « pourquoi » de son action. Et, pour que les députés n'aient pas le choix, Winston Churchill résume alors la situation de façon dramatique : « Nous sommes dans la phase préliminaire d'une des plus grandes batailles de l'histoire ». Telle est la phrase pivot qui fait basculer son discours du registre factuel à celui de l'émotionnel.

L'émotionnel « du sang, des larmes et de la sueur » pour toucher son public

Dès lors, Churchill troque sa redingote contre une cotte de maille. N'a-t-il pas écrit dans ses mémoires : « C'est lorsque je suis Jeanne d'Arc, que je m'exalte » ? Son discours s'enhardit, les formules choc se succèdent. « A la chambre des communes, je dirai comme j'ai dit à ceux qui ont rejoint le gouvernement ; « Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Winston se cite lui-même. Une permanence du discours qui démontre sa détermination. Quatre mots bien choisis, empruntés au registre de la souffrance : « sang », « larmes », « sueur », « peine », en anglais « blood », « toil », « tears », « sweat ». Des mots unisyllabiques qui claquent aux oreilles. Winston Churchill, selon l'un de ses biographes William Manchester (1), avouait aimer les mots « pour leur magie et leur musique propres ». Ceux-ci sont des mots « boomrang » : courts et qui frappent dur. Winston Churchill détestait les euphémismes. C'est peu de le dire...Son langage cru éclabousse son auditoire. « We have before us many, many months of struggle and suffering », poursuit-il. « Struggle and suffering », deux mots qui phonétiquement se ressemblent, ce qui décuple leur association.

La répétition de mots clefs, comme on enfonce un clou

Il recourt ensuite à l'auto-questionnement : « Vous demandez, quelle est notre politique ? » Winston répond toujours à la première personne : « I say it is to wage war by land, by sea, and air. War with all our might and with all the strength God has given us, and to wage war against a monstruous tyranny never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. That is our policy. » Les trois piliers de la guerre : terre, mer et air. Il en appelle même à la force donnée par Dieu ! Puis, Winston répète l'expression « to wage war », la sonorité de ces mots étant similaire, les transforme en un quasi slogan. « Wage-war », un murmure lancinant, une réalité subliminale, incontournable. « Engager la guerre », tel est bien son propos. Et lorsqu'il s'agit de décrire le péril, Churchill n'hésite pas utiliser l'artillerie lourde : « monstruous », « dark », « lamentable » pour qualifier la « tyrannie » et le « crime humain » qu'il entend combattre. La bataille du bien contre le mal… Il excelle dans ce registre. A croire que Churchill préfère la guerre à la paix ; « Plus la situation est sombre, plus elle lui semble claire », écrit son biographe. Churchill se fait donc visionnaire.

« I can answer in one word : victory » La victoire répétée quatre fois

A la question suivante : « You ask what is our aim ? », « Vous demandez quel est notre objectif ? », la réponse tombe en un seul mot : « I can answer in one word. It is victory. » Un seul mot en effet, mais martelé quatre fois, comme on tape sur un clou jusqu'à ce qu'il s'enfonce dans le mur ! Churchill utilise ainsi l'anaphore : « Victory at all costs. Victory in spite of all terrors. Victory however long and hard the road may be, for with out victory there is no survival »*. Une cascade de répétitions pour aboutir au « climax » de sa rhétorique : « Sans victoire il n'y a pas de survie ». Cette victoire qu'il aime afficher en formant le « V » de la victoire avec ses doigts.

La survie répétée quatre fois

Lui qui mettait de longues heures à rédiger ses discours, aimait le rythme de quatre répétitions. Quatre « souffrances » (blood, toil, tears, sweat), suivies de quatre « victoires » et de quatre « survies » : « Without victory there is no survival. […] No survival for the British Empire, no survival for all the British Empire has stood for, no survival for the urge that mankind shall move forward toward his goal ». Tous ces mots se répondent, le message essentiel est clair : Sans souffrance pas de victoire et sans victoire pas de survie. La démonstration ne fait pas un pli ! Churchill fut entendu. A l'issue de son speech, les députés l'acclament comme leur nouveau chef de guerre. En 5 minutes il est redevenu « The right man at the right place ». Quelques semaines plus tard, la bataille d'Angleterre embrase le ciel britannique. Et Churchill prononce un autre discours, sur le même rythme du quatre temps : « We shall fight on the beaches, in the fields, in the streets and in the hills » (2)… Le vieux lion n'a pas fini de rugir. Et ce, malgré une bien mauvaise élocution….

 

Le texte du discours intégral de Winston Churchill en anglais « Blood, Toil, Tears and Sweat »

 

Nos conseils pour faire du Churchill

  • Parler avec une patate dans la bouche
  • Adopter un style direct : choisir les mots justes, pas d'allusion, ni d'euphémisme
  • Ne pas hésiter à répéter un terme pour faire valoir une idée

Bibilographie :

(1) The last lion: Winston Spencer Churchill, de William Manchester, Little, Brown and company (1988)

-Discours de guerre de Winston Churchill, Editions Taillandier.

A lire aussi « Winston Churchill : le lion tendre et féroce » dans L'Express, la vie privée des géants du siècle

(2) Discours prononcé le 4 juin 1940

(*)« Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire. La victoire à tout prix. La victoire en dépit de la terreur. La victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n'y a pas de survie. »

 

par Valérie Sarre