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Les alliances vont bon train en matière de Cloud computing. Bouygues Telecom-Microsoft, SFR-Bull, Orange-Thales. Beaucoup de fumée sur le nuage.… Même avec des offres encore mal, voire pas du tout, définies, les prises de paroles des opérateurs telecom et leurs partenaires servent avant tout à occuper le terrain médiatique. Bouygues moins mal que les autres.

 

Le cloud computing est un concept encore obscur pour beaucoup de monde. Il permet aux entreprises d'externaliser tout ou partie de leurs infrastructures informatiques comme des serveurs ou des logiciels, qu'il s'agisse de la messagerie, de la gestion de la relation client ou des fiches de paies. Et les bénéfices promis sont faramineux : économies sur les coûts informatiques, flexibilité et simplification de l'informatique, capacité d'innovation renforcée… Mais pour l'instant, les dirigeants d'entreprises sont, au mieux incrédules, au pire, méfiants et attendent des éléments d'information clairs pour décider si oui ou non, le cloud est bénéfique pour leur organisation. Rares sont les acteurs qui savent l'expliquer clairement en mettant l'accent en priorité sur le bénéfice consommateur. Cyrille Guétin, directeur de l'activité Cloud de Bouygues Telecom fait partie d'entre eux.

 

Prenant la parole, lors de la conférence de presse annonçant son partenariat avec le géant Microsoft, il cherchait à cibler les PME et ETI (les entreprises de tailles intermédiaires). Comme elles recourent peu à l'hébergement informatique, il fallait un message clair : le cloud computing est une solution informatique leur permettant d'économiser sur leurs coûts informatiques : « Elles gagnent en productivité et réduisent leurs coûts de production informatique. Ces entreprises seront prêtes à aller dans le cloud si elles peuvent budgétiser leurs investissements et disposer de tarifs clairs. »

 

L'argument du porte-monnaie touche tout le monde : si on ne sait pas encore en détail ce qu'est ce fameux nuage, on devine qu'il peut être bénéfique au compte de résultat des entreprises. Encore faut-il savoir clairement ce que l'on achète et combien on le paie, d'où la grille de tarifs clairs.

 

Du côté des concurrents de Bouygues Telecom, le message est d'une tout autre teneur, et beaucoup plus confus. Philippe Tavernier, le président de Numergy, la coentreprise spécialisée dans le cloud computing, fondée par Bull et SFR, escamote allègrement le besoin du client au bénéfice d'une tirade sur l'intérêt national : « Proposer une offre de Cloud Computing industrielle permettra à la France puis à l'Europe de se positionner sur un marché qui connaît une croissance à deux chiffres, aujourd'hui dominé par les grands acteurs américains ». Numergy se présente comme un fournisseur d'énergie numérique, concept qui n'apporte rien en termes de compréhension quant aux tenants et aboutissants du cloud. Pour les dirigeants de Numergy, il va de soi que les entreprises se tournent naturellement vers le cloud computing. Dans cette prise de parole publique, la loi de proximité ne joue plus, on ne parle pas des problèmes des entreprises, elles ne se sentent pas concernées. Elles ne peuvent pas voir le cloud computing comme une solution, mais comme un énième concept marketing qu'on tente de leur imposer.

 

La copie n'est pas meilleure de la part d'Orange, troisième opérateur telecom français, associé avec Thalès au sein de Cloudwatt. « Cloudwatt va désormais pouvoir jouer pleinement son rôle de partenaire de confiance, catalyseur de croissance pour toutes les entreprises du pays quelle que soit leur taille », a déclaré M. Starck lors de la présentation de la nouvelle entité. Cerise (avariée) sur le gâteau raté de cette communication de lancement, Cloudwatt et Numergy se positionnent sur le créneau du « cloud souverain », mettant en avant la fibre patriotique du petit village gaulois résistant aux grands méchants américains tels IBM, Microsoft ou Amazon, poids lourds mondiaux du cloud computing. L'adjectif souverain soulignant que les données confiées par les clients à Numergy ou Cloudwatt ne seraient pas scrutées par des services de renseignement américains ou flottant en apesanteur quelque part dans un pays exotique. Non, les données seraient sécurisées, physiquement, sur le sol français. Un message contreproductif pour deux raisons. D'abord, il vient se surajouter au message principal qui concerne leur nouvelle offre cloud dont on connaît déjà à peine le besoin auquel elle est censée répondre. Ensuite, ce message est anxiogène et annihile les effets positifs supposés d'une offre de cloud computing, d'autant plus que, toutes les études le montrent, les PME comme certaines grandes entreprises ne se préoccupent guère, jusqu'à maintenant de la sécurité de leurs données. Le mieux est l'ennemi du bien, surtout dans le domaine de la prise de parole en public.

 

par Christophe Quester